Pourquoi la concentration des marchés peut créer à la fois des défis et des occasions pour les investisseurs actifs

Au deuxième trimestre de 2026, les petites capitalisations américaines ont affiché des rendements remarquables. Le Russell 2000 a progressé de 21,5 %, surpassant le S&P 500 de plus de 500 points de base. Sur le premier semestre, l’écart de performance entre les petites et les grandes capitalisations a même atteint son niveau le plus important depuis 2001.

Pris séparément, ces chiffres décrivent un marché extrêmement solide. Mais lorsqu’on regarde sous la surface de l’indice, une histoire beaucoup plus nuancée apparaît.

La performance du marché américain au deuxième trimestre a été extraordinairement concentrée. Dans un tel contexte, comprendre ce qui fait monter un indice peut devenir aussi important que son rendement lui-même.

Quelques titres peuvent avoir un impact considérable

Au sein du Russell 2000, les dix principaux contributeurs au rendement du deuxième trimestre étaient tous liés à l’intelligence artificielle. Ensemble, ils ont contribué près de 500 points de base au rendement de l’indice, soit près de 25 % de son rendement total au cours du trimestre.

Depuis le début de l’année, les secteurs associés à l’IA ont représenté 69 % du rendement total du Russell 2000. La participation au mouvement a également été remarquablement étroite.

Alors que le Russell 2000 atteignait à plusieurs reprises de nouveaux sommets, seulement environ 30 % de ses composantes se trouvaient à moins de 5 % de leur sommet des 52 dernières semaines. À l’inverse, près de 45 % des titres se situaient à plus de 20 % sous leur sommet.

Un indice en forte hausse ne signifie donc pas nécessairement que la majorité de ses composantes connaît la même dynamique. Cette distinction est particulièrement importante pour un gestionnaire actif.

Le défi d’un marché dominé par la concentration

Dans un environnement normal, la sélection de titres repose sur l’idée que les différences entre la qualité des entreprises, leur croissance, leur rentabilité et leur valorisation finiront par être reflétées dans leurs rendements. Lorsque quelques titres ou quelques sous-secteurs expliquent une proportion inhabituelle du rendement de l’indice, cette relation peut temporairement s’affaiblir.

C’est ce que nous avons observé au deuxième trimestre. La rotation vers les infrastructures d’IA, les équipements pour semi-conducteurs, l’énergie et les petites capitalisations cycliques à bêta élevé a favorisé des expositions qui ne se situent pas au cœur de nos disciplines de qualité, de valorisation et de croissance.

Pour un gestionnaire actif, ne pas détenir les titres qui dominent momentanément un indice peut créer un écart de performance important, même lorsque les entreprises détenues dans le portefeuille continuent d’afficher des fondamentaux solides.

La stratégie mondiale en a également fait l’expérience au deuxième trimestre. Malgré un rendement absolu de 12,75 %, elle a accusé un retard par rapport à un indice en hausse de 17,3 %. Une part importante de cet écart provenait de la concentration exceptionnelle du benchmark : Sandisk, à elle seule, représentait plus de 200 points de base de vent contraire relatif.

Il s’agit d’un rappel important : une sous-performance relative ne signifie pas nécessairement que l’ensemble des entreprises détenues dans un portefeuille se détériore.

Ne pas confondre le prix et les fondamentaux

Lorsque la dynamique devient un moteur dominant du marché, les écarts entre les cours et les fondamentaux peuvent devenir importants. Certaines entreprises profitent d’un sentiment extrêmement favorable et d’une expansion rapide de leurs multiples. D’autres peuvent être laissées pour compte malgré une performance opérationnelle solide.

Pour un investisseur fondamental, le défi consiste alors à déterminer si une baisse du cours reflète une réelle détérioration de l’entreprise ou simplement un changement de sentiment et de leadership sur le marché.

La distinction est essentielle. Modifier une approche d’investissement simplement pour suivre ce qui domine momentanément l’indice peut signifier abandonner les critères de qualité, de croissance ou de valorisation qui sous-tendent le processus de sélection de titres. À l’inverse, rester discipliné ne signifie pas ignorer ce qui se passe sur le marché. Cela signifie réévaluer constamment les entreprises détenues et distinguer les changements fondamentaux des mouvements de prix.

La concentration peut également créer des occasions

Les environnements de marché très concentrés présentent un autre aspect important : les capitaux attirés par un nombre limité de gagnants peuvent laisser derrière eux des entreprises de grande qualité.

Dans notre stratégie américaine, nous avons observé qu’un marché étroit, spéculatif et dominé par la dynamique créait de nouvelles occasions parmi des entreprises ignorées, négligées ou dont les cours avaient été pénalisés pour des raisons que nous estimions disproportionnées par rapport à l’évolution de leurs fondamentaux.

Dans la stratégie mondiale, nous avons fait un constat similaire. Certaines entreprises disposant d’avantages concurrentiels durables, de bilans solides et de perspectives de croissance à long terme attrayantes ont été de plus en plus négligées simplement parce qu’elles ne s’inscrivaient pas dans le récit dominant du marché. Pour un gestionnaire actif, cette dispersion peut créer des points d’entrée intéressants.

Le rôle de la gestion active

La concentration des indices peut rendre la gestion active particulièrement difficile à court terme. Lorsqu’une poignée de titres génère une part disproportionnée des rendements, un portefeuille construit selon une approche fondamentale peut s’écarter considérablement de son indice de référence.

Mais cette même concentration peut également créer les conditions dans lesquelles la recherche fondamentale devient particulièrement importante. À mesure que les valorisations divergent et que certaines entreprises sont laissées pour compte, le travail consiste à identifier celles dont les fondamentaux demeurent solides et dont le potentiel à long terme n’est pas reflété dans le cours.

Notre philosophie repose toujours sur une approche ascendante : comprendre les entreprises, leurs avantages concurrentiels, leurs bilans, leurs rendements sur le capital, leurs équipes de direction, leurs perspectives de croissance des bénéfices et leur valorisation.

Les marchés ne récompensent pas toujours ces caractéristiques à court terme. C’est précisément pourquoi la gestion active exige de la discipline.

Un indice nous indique ce qui a généré du rendement. Il ne nous indique pas nécessairement combien d’entreprises ont réellement participé à cette performance, si celle-ci repose sur une amélioration généralisée des fondamentaux ou si les occasions les plus intéressantes se trouvent ailleurs.

Parfois, pour comprendre réellement un marché, il faut regarder au-delà de l’indice.